
Dans son rôle de conseil et d’accompagnement auprès de ses clients, un conseiller en gestion ne doit pas seulement réaliser des investissements en fonction des objectifs qui lui sont fixés. La dimension de pédagogie est tout aussi importante, notamment pour expliquer le fonctionnement des différents produits qu’il est amené à suggérer et répondre aux éventuelles objections de clients qui ne sont pas toujours au fait des spécificités propres à chaque type d’investissement.
Dans le cas des SCPI, en expliciter soigneusement le fonctionnement est essentiel, tant pour rappeler à l’investisseur final les avantages et les risques que présente la pierre papier que pour lui expliquer que souscrire des parts de SCPI ne doit en aucun cas être envisagé comme un investissement dans un produit à court terme.
Investir en SCPI comporte des risques, notamment de perte en capital, de liquidité et liés à l’évolution du marché immobilier. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
La SCPI, avant tout un investissement immobilier
Dans un environnement financier où les dimensions de liquidité et de réactivité sont régulièrement mises en avant, il est essentiel de rappeler que certaines classes d’actifs répondent à des logiques fondamentalement différentes. En tant que produits avant tout immobiliers, les sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) s’inscrivent par conséquent clairement dans une perspective de long terme, même si des revenus peuvent être générés rapidement à travers la distribution.
Le principe de la souscription de parts dans une SCPI est celui de la pierre papier. L’investisseur n’acquiert pas directement un (ou plusieurs) bien immobilier, mais achète des parts d’un véhicule, en l’occurrence la SCPI. À la suite de cette collecte, la société de gestion utilise ce véhicule pour faire l’acquisition d’un portefeuille immobilier qu’elle exploite, en mettant en location les immeubles, et reverse aux souscripteurs une somme correspondant au nombre de parts détenues.
De fait, comme un investissement direct dans l’immobilier, l’acquisition de parts dans une SCPI doit intégrer des paramètres propres. Comme tout investissement immobilier, les SCPI sont exposées à différents facteurs, notamment :
- les cycles économiques,
- l’évolution des marchés immobiliers,
- le niveau des taux d’intérêt,
- les conditions locatives.
Ces éléments impliquent une approche qui s’inscrit sur un temps long, afin de s’adapter aux évolutions de marché.
Le modèle de la “pierre papier” permet par ailleurs d’accéder indirectement à un patrimoine immobilier diversifié, souvent composé de plusieurs dizaines à plusieurs centaines d’actifs selon les véhicules, et réparti entre différents locataires et secteurs d’activité. Souscrire à une SCPI permet de viser des types de biens que la plupart des investisseurs ne pourraient acquérir en direct. Cette diversification peut contribuer à mutualiser certains risques, sans pour autant les supprimer.
La gestion des actifs est assurée par la société de gestion, ce qui signifie que l’investisseur n’intervient pas directement dans la sélection et l’exploitation des biens.
Certaines sociétés de gestion développent également des stratégies de diversification géographique et sectorielle, en investissant dans plusieurs zones économiques et typologies d’actifs (bureaux, commerces, logistique, santé, hôtellerie). Cette approche peut contribuer à diversifier les sources d’exposition, tout en restant dépendante des conditions de marché.
La SCPI, un produit à la liquidité limitée
Adossées à des actifs réels, les SCPI offrent une exposition indirecte à l’immobilier et présentent, à ce titre, certaines caractéristiques propres à cette classe d’actifs. Elles peuvent ainsi s’inscrire dans une logique de diversification patrimoniale, tout en restant dépendantes des conditions de marché immobilier.
En contrepartie, elles reprennent également les contraintes associées à l’immobilier, au premier rang desquelles figure la liquidité. Contrairement aux actifs financiers cotés ou à certains placements de trésorerie, les biens immobiliers ne peuvent pas être achetés ou vendus instantanément. Leur cession implique des délais qui peuvent s’étendre sur plusieurs mois, voire davantage selon les conditions de marché.
Cette réalité se reflète directement dans le fonctionnement des SCPI.
Des mécanismes de retrait existent (marché secondaire, compensation entre souscriptions et retraits, fonds de remboursement), mais ils ne garantissent :
- ni une sortie immédiate,
- ni un prix strictement équivalent à la valeur d’expertise à un instant donné.
Dans certaines configurations de marché, les délais de cession peuvent ainsi s’allonger. Par ailleurs, certaines sociétés de gestion peuvent prévoir des conditions spécifiques en cas de retrait anticipé.
Au-delà de la liquidité, la fiscalité applicable aux SCPI s’inscrit dans le cadre de l’immobilier. Les revenus distribués sont, en principe (hors cas particuliers liés au mode de détention ou à la localisation des actifs), imposés dans la catégorie des revenus fonciers, auxquels s’ajoutent les prélèvements sociaux. Selon la situation de l’investisseur, cette fiscalité peut avoir un impact plus ou moins significatif, notamment lorsque la durée de détention est courte, les frais initiaux et la fiscalité pouvant alors peser davantage dans l’analyse globale.
En cas de cession, le régime des plus-values immobilières prévoit des abattements progressifs en fonction de la durée de détention, ce qui tend, toutes choses égales par ailleurs, à favoriser une approche de long terme.
À ces éléments s’ajoutent les frais de souscription, généralement compris entre 8 % et 12 % selon les SCPI (données issues des documents réglementaires des sociétés de gestion). Intégrés dès l’investissement, ces frais nécessitent une durée de détention suffisante pour être amortis, ce qui peut pénaliser une détention de court terme.
Certaines SCPI proposent des structures de frais différentes. À titre d’exemple, des SCPI sans frais de souscription ou à frais réduits existent, tout en s’accompagnant généralement d’une durée de détention recommandée par la société de gestion, souvent de plusieurs années, et pouvant inclure des frais en cas de sortie anticipée (notamment avant une certaine durée de détention).
L’ensemble de ces caractéristiques, liquidité, fiscalité et frais contribue à inscrire les SCPI dans une logique d’investissement qui s’apprécie dans la durée, en cohérence avec la nature immobilière de leurs actifs sous-jacents.
Une logique de long terme dans la construction patrimoniale
Les SCPI permettent d’accéder à des revenus issus de l’exploitation d’un patrimoine immobilier, après application d’un délai de jouissance propre à chaque véhicule. Ces revenus sont versés chaque mois ou trimestre, mais ils ne sont pas garantis et peuvent évoluer à la hausse comme à la baisse en fonction des conditions de marché et de la gestion des actifs.
Cette mécanique illustre la nature même des SCPI : un support qui ne repose pas sur une recherche de performance immédiate, mais sur une dynamique progressive dans le temps. La perception de revenus, combinée à l’évolution éventuelle de la valeur des parts, s’inscrit ainsi davantage dans une logique de long terme que dans une approche opportuniste.
Dans cette perspective, les SCPI peuvent être intégrées dans une réflexion patrimoniale plus globale, en lien avec différents objectifs, tels que :
- la diversification d’un patrimoine,
- la recherche de revenus complémentaires,
- ou l’exposition indirecte à l’immobilier.
Les investissements immobiliers, qu’ils soient réalisés en direct ou via des véhicules collectifs, occupent traditionnellement une place structurante dans les allocations, notamment en raison de leurs caractéristiques propres (revenus potentiels, cycles de marché, moindre liquidité). Ces spécificités impliquent une approche cohérente avec un horizon d’investissement adapté.
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